Journalistes, le jour où Google vous a tués

Miam

 

J'aime l'information, j'aime l'économie aussi, la finance beaucoup. J'ai d'ailleurs fondé avec de nombreux autres turbulents fondateurs Margin Call, ce joli site d'informations et d'analyses financières et économiques.

 

J'ai aussi découvert que l'actu, le contenu, ne valait rien. En d'autre terme il est difficilement monétisable. Je me rassure en me disant 2 choses :

 

1/ que ça n'a pas toujours été le cas

 

2/ que ça ne touche pas seulement notre site mais tous les sites "pure player" (qui vivotent) ou les journaux papiers (qui meurent doucement sous perfusions de subventions ou de mécénes)

 

Quelle différence entre l'avant, l'époque où un journal pouvait être rentable et maintenant ? La réponse est assez simple : Internet. Non, vous ne lirez pas ici qu'internet est le poison de la presse, bien au contraire, c'est un puissant levier de communication pour vos infos. Non le problème est dual. Mais avant d'attaquer les problèmes  revenons aux bases. Qu'est ce qu'un journal ?

 

Les bases

Un journal est un media qui publie des articles (rédigés par des journalistes qu'il faut payer) et qui se rémunère soit à la souscription, soit en vendant de la publicité. Vous avez donc un contenu qui attire un lectorat qui lui-même attire des annonceurs dragués par des régies publicitaires. Les plus gros groupes de presses ont leur propre régie publicitaire.

 

Les problèmes

Venons en aux problèmes :

1/ vous n'êtes plus propriétaires de vos articles. Yahoo Actu, Google Actu tous ces agrégateurs qui vous pompent vos articles gratuitement pour les afficher sur LEUR site avec LEUR pub. Et, en plus, vous êtes contents ! Bah oui parce que cela vous ramène un peu de notoriété, le saint Graal : un peu de pages vues. Des miettes quoi. Mais vous continuez avec le sourire.

 

2/ vous n'êtes plus propriétaires de vos régies publicitaires. Ben non mes amis, la plus grosse régie publicitaire à ce jour, c'est une entreprise nommée Google. Cette entreprise n'est pas un moteur de recherche, que nenni, c'est une entreprise propriétaire de plein de produits gratuits (ou presque) comme le moteur de recherche, gmail, google documents, android, youtube, blogger .... dont la seule utilité est d'attirer massivement du lectorat pour placer de la pub.

 

Qui est Google ?

Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenus. C'est Larry Page, le PDG, qui l'écrit en toutes lettres dans le rapport annuel 2011 de Google :

"Enfant, je me souviens de mes lectures sur Nikola Tesla, un génie dont l'impact a été fortement limité par son incapacité à faire de l'argent de ses inventions. Ce fut une bonne leçon. Aujourd'hui, la plupart de nos revenus proviennent de la publicité."

 

 

La pub a rapporté 38 milliards de dollars à Google en 2011 dont 11% au UK. Par comparaison, on peut estimer que la France doit représenter entre 5 et 8% de ce montant, soit entre 2 et 3 milliards de dollars de chiffre d'affaire. Bien entendu Google a des coûts  ils sont de 35% (page 33 du rapport). Globalement, en France, Google devrait faire entre 1,19 et 1,9 milliards de marge opérationnelle (avant redistribution).

 

Ah oui ! la redistribution ! Parce que ça aussi c'est intéressant à lire dans le rapport annuel de Google. Sur Margin Call nous avons des pubs Ad Sense, nous ne touchons même pas assez pour nous payer une bouffe tous ensemble une fois par an. Je me demandais combien un éditeur de contenus touchait pour 10€ versés par un annonceur ? La réponse est 1,8€ (page 33 toujours). C'est même mieux que Apple qui retient 30% (edit du 6/02/2012) des ventes d'applications réalisées sur son Apple Store.

 

Alors amis journalistes, lorsque vous sautez de joie à l'idée d’être éligibles et de pouvoir toucher une petite partie des 60 millions du fonds de Google pour la France... Ces 60 millions répartis sur 5 ans (soit 12 millions par an) représentent exactement (Oh miracle !) 1% de leur bénéfice opérationnel dans le pays. A l'échelle de Google, c'est une aumône.

 

De plus attention au wording, il n'est expliqué nul part que ce sont des subventions. Ce sont des partenariats. Et c'est là que résident tout le génie et l'aspect stratége de ce communiqué. Un  partenariat c'est soit des parts dans le journal, soit, comme je le suppute un contrat d'exclusivité avec la régie publicitaire de Google "Ad Sense".

 

En fait, Google est tout simplement en train de vous filialiser à moindre coût (au passage sans que l'Etat ne s'en rende compte). Cela s'appelle de l'intégration verticale en économie. De plus, en favorisant de nouveaux acteurs, en finançant de nouveaux entrants ils vont encore plus nucléariser le marché de l'info en France. On règne mieux lorsqu'on divise.

 

Les solutions

Chers journalistes français, j'ai bien deux solutions en tête :

 

  1. la première est trop violente et probablement inefficace : interdire de façon conjointe la reproduction de vos articles sur les agrégateurs de news. La news c'est votre actif vital, si vous le donnez, vous perdez votre raison d'être et c'est une guerre ouverte.
  2. La seconde est de jouer sur le terrain de Google, celui du business. Il faut couper le nerf de la guerre de la bataille qui se joue. Il faut que vous mutualisiez vos régies publicitaires ou que vous créiez une régie publicitaire commune et que vous l'ouvriez aux blogueurs, petits sites, etc ... bref à tous ceux qui veulent se joindre, tout cela sur un mode de type coopératif.

 

Amis journalistes, je suis désolé de vous l'annoncer, mais avec Google vous ne pourrez jamais être partenaire commerciaux. Vous êtes concurrents.

La bise des guenons.

Eric

 

La bise

 

 

Eric Valatini

Eric Valatini

Trader et entrepreneur à l'autre bout de la planète...mais quel est le bout d'une sphère ?

13 commentaires sur “Journalistes, le jour où Google vous a tués

  1. On est d’accord mais je ne l’aurais pas formulé ainsi comme je te l’ai dit dans Twitter.

    1. Il y a un pb de fiscalité. Il faut que l’Europe de bouge le cul pour que les entreprises qui gagnent du pognon chez nous payent des impôts chez nous.

    2. Le concurrent des journaux n’est pas Google mais internet (sauf pour la pub). Il revient au jouŕaux de faire des articles qui méritent qu’on paye pour les lire.

    3. Il faut différencier l’information en continu et les articles de fond. Le Parisien et le Monde (voire le Figaro) l’ont assez bien compris (de même que la PQR pour ce qui concerne les informations locales qui ne sont pas reprises gratuitement). Ils ont donc intérêt à laisser faire Google pour tuer les concurrents.

    Mais au fond tu as raison : qu’ils de démerdent.

  2. Pertinent mais tu oublies une chose. En voulant justement s’engouffrer dans la brèche du net et en étant obnubilé par les vues justement, les journalistes ont perdu ce qui faisait leur force. Très franchement, tu es dans la finance, tu sais très bien que les news qui se succèdent c’est souvent du vent.
    Les journalistes gagneraient justement à travailler le contenu éditorial et OUI à choisir ta première position du moins en partie. Des sites comme arrêtsurimages ou Mediapart sont rentables contrairement à l’énorme majorité de la presse online et papier. Alors bien sur, il faut oublier les rédactions immenses et les reporters de terrain à l’autre bout du monde et se concentrer sur des secteurs de niche où des passionnés seront prêts à payer…Je pense que pour 50€ par an par ex, beaucoup seraient prêt à s’abonner à Margin Call. (enfin facilement 5-6000)
    Je pense que l’abonnement est l’avenir de l’information en ligne. Et qu’il faut en finir avec cette obsession des vues qui sont peanuts tu l’as toi même dis. Avec de la gratuité pour les « news pures ».

  3. En même temps, Google Actualité ne reprends que les 2 ou 3 premières lignes des articles. Après pour lire la suite, il faut aller sur le site du journal. Donc sauf si les journaux considèrent que toute la valeur ajouté de leurs articles réside dans ces quelques lignes, on peut pas trop parler de vol intégrale des articles. Après que la survie de la presse française dépende en partie de Google, c’est un peu inquiétant.

    Après je rejoins « Enraje », il y a tellement de journaux gratuits sur le net sur l’information généraliste. Vaut mieux se spécialiser dans un domaine (exemple PCinpact) ou se pencher sur un modèle payant mais dans ce cas, avoir des journalistes pour faire du travail d’investigation et non seulement des reprises des dépêches afp.

  4. Yahoo paie les contenus, ou fait des échanges contenu partiel (suite sur le site source) contre régie pub. Si le contenu est quali, il doit être payé pour être repris par un agregateur. Les réseaux sociaux sont une alternative pour ramener du trafic. Mais effectivement c’est des miettes qui ont peu de chance de rivaliser avec un Google. Slate vends cher son contenu et ça marche. Donc pour les petits acteurs, les chimpanzés ;-) , à la Google, d’abord gagner les utilisateurs, et ensuite monter ses tarifs…

  5. Google est la façon la plus simple (et la plus simpliste) de gérer la publicité sur un site internet. Et certains journalistes, vous y compris visiblement, ont cru qu’il suffisait de lancer un site web et d’y coller des pubs Adsense pour que ça marche et pour s’affranchir ainsi des métiers traditionnels de la presse.

    Non. « Quelle différence entre l’avant, l’époque où un journal pouvait être rentable et maintenant ? », la réponse n’est pas celle que vous apportez : la presse papier est une vraie industrie, qui emploie des ouvriers du livre, des commerciaux, des porteurs, des animateurs de vente, qui gère un réseau de distribution.

    Internet est aussi une industrie, certes différente. Elle créée moins de valeur mais engage moins de coûts également : le webmaster a remplacé l’ouvrier du livre, le community manager et le SEO ont remplacé les animateurs de vente, les commerciaux et les porteurs. Vendre de la publicité sur internet est un vrai métier !

    Google apporte de formidables outils d’analyse d’audience, d’optimisation et de référencement du contenu. Sa régie publicitaire (et ses « adservers ») peuvent apporter une solution complémentaire mais en aucun cas l’unique solution. De nombreux « pure-player » de niche l’ont compris et fonctionnent très bien. Ils ont une vraie politique commerciale.

    Quant à vous, pour vous « faire un resto », revoyez la façon dont vos pubs sont positionnées, approfondissez les outils que Google met à votre disposition, démarchez des annonceurs pour leur proposer des publi-rédactionnels (visibilité et/ou SEO à la clé pour eux), optimisez votre version mobile. Google n’a pas de taux de rémunération fixe, comme toutes les régies web, elle rémunère ceux qui sont capables de lui offrir de bons emplacements. Ici, ce n’est pas le cas.

  6. Merci pour cet excellent article.

    Juste un truc: Je suis prêt à payer pour une info de qualité. Surtout pour une info exclusive ou au moins en avance, ce qui est hard à l’époque de twitter.
    En revanche je ne suis absolument pas prêt à payer les articles de la presse aujourd’hui. Avez vous vu le niveau des articles des grands quotidiens aujourd’hui? Bourrés de fautes d’orthographe.? Hyper orientés politiquement, et dès que l’on connaît un peu un sujet on trouve des tas d’erreurs ou approximations.

    Bref, c’est la QUALITE qui fera, à mon sens, vivre quelques médias capables. Les autres… restez gratuits!

    Une coquille: Apple prend 30%, pas 50 (ce qui est déjà énorme…)

  7. Les amis, ouvrez les yeux !!
    Le problème de la presse, ce n’est pas Google !
    Google est devenu en moins de 15 ans la marque la plus populaire au monde, justement en contribuant fortement à un phénomène que la presse aurait dû comprendre avant tout le monde : depuis la révolution Internet, on n’a jamais consommé autant de contenus culturels, jamais autant communiqué, jamais lu autant d’informations… Et le paradoxe, c’est que la presse n’en profite pas, alors que tout démontre que cette boulimie de contenus et cette croissance exponentielle de consommation d’infos devrait renforcer le vrai journalisme, la qualité des contenus, l’hyper-ciblage, l’émergence d’experts, les médias participatifs et sociaux. Des sites comme Melty, Le Huff Post, Mediapart, ou la BBC le démontrent tous les jours. L’opportunité pour les vrais médias professionnels de s’imposer, et de renforcer leur statut de quatrième pouvoir est en fait historique, considérable, mais elle est gâchée.
    Pourquoi ? Cette révolution est très difficile à appréhender, car elle est très rapide, et fait changer radicalement de métier et de modèle capitalistique. La presse ne devrait plus se voir comme fabriquant et un distributeur de journaux ou de magazines, mais comme éditeur de contenus journalistiques labellisés, professionnels, et peu importe le support.
    Internet résout radicalement ce que la presse fait depuis des siècles : proposer un contenu éditorial à un lecteur, chaque jour, au même endroit. Sauf que cette production est maintenant dématérialisée, instantanée, omniprésente, ouverte à tous (y compris les non-journalistes), et ubique. Plus besoin de rotatives, de réseau de distribution ; moins besoin de kiosques. Un équilibre économique totalement remis à plat, une chaîne de valeur complètement chamboulée, avec beaucoup plus de capital à consacrer à la fabrication du contenu (et donc à l’éditorial, au lecteur), et beaucoup moins à sa distribution. La presse a refusé de comprendre qu’Internet était un formidable outil de mise en valeur des contenus, et s’arc-boute sur son modèle ancien et coûteux, sans penser à l’usager.
    L’acharnement sur Google traduit de la peur, de l’incompréhension, de l’aveuglement, et une certaine dose d’irresponsabilité pour ceux qui vivent sous perfusion des aides de l’état depuis des décennies, sans avoir jamais pris le temps de comprendre les révolutions qui passent et sans se mettre à la place de ceux qui les font vivre : les lecteurs. Ils me font penser aux Majors de la musique qui ont passé des années et dépensé des centaines de millions de dollars en avocats pour dénoncer le piratage de la propriété intellectuelle et protéger la chronologie des médias (qui sont pourtant de vrais sujets fondamentaux) plutôt que de se projeter dans le futur et de s’intéresser à la consommation de musique dématérialisée – laissant ainsi une autre boîte innovante, Apple, rafler la mise.
    Posez-vous la question : quel est le mal de la presse ? Est-ce Internet et Google, ou bien le fait que chez Presstalis (les anciennes NMPP), c’est la CGT qui recrute le personnel, et que depuis leur nouveau statut d’octobre dernier, ils ont été en grève un jour sur trois (!!), plombant ainsi le chiffre d’affaires de l’édition et des kiosques – alors que la révolution Internet requiert désespérément de l’investissement et de la longueur de vue ? Quand Gutenberg a inventé l’imprimerie, les moines copistes ont crié au scandale…

  8. Pourquoi cette assimilation des journalistes (dont moi, full disclosure) aux entreprises de presse qui les emploient ? C’est courant, mais aussi inexact et pour tout dire, un brin lassant.

    Je suis rédacteur « spécialisé » (ahahah), comme le confirme mon bulletin de salaire, pas Sergueï Dassov ni membre du politburo du Figarov. Chacun son boulov.

    Enfin, amha, un média qui tient la route (et ça vaut pour la plupart des produits d’ailleurs) devrait se dépatouiller pour que ses lecteurs assurent l’essentiel de ses recettes. Au lieu de nous casser les noix avec une régie pub géante (Google).

    Mais ça supposerait de se creuser la tête sur le produit, ce qui n’est pas très « ère du temps », malheureusement.

  9. J’espère qu’il sera interdit de reproduire les « médias » sur internet par un bon black listage sur les moteurs de recherches et les agrégateurs internationaux.Les divas de la presse francophone et les majors du disques nous ont bien saoulés avec leur états d’âmes chroniques face à leur difficultés pour vendre leur merde. Bye-bye :) et bon débarras (lol)

  10. Rappel : la langue française est la matière première du journaliste. Alors utiliser dans votre article l’horrible mot « wording »… « Formulation » ça faisait trop français ?

  11. Décidément, vous vous dites financier, mais vous n’avez pas compris grand chose à l’économie numérique, et au raison du périclite de la presse.

    1) D’une part, Google occupe une position OTT (over the top). De pars sa position centrale (l’accès au site) et sa fonction (la recherche), il était tout désigné pour raffler les pubs ! Les annonceurs n’ont que faire de milliard de vue! Ce qu’ils veulent, c’est que les bon utilisateurs regardent leur pub, ceux que leur pub touchera le plus.

    Malheureusement, ce n’est pas en publiant un article (fut il orienté) qu’on détermine le profil utilisateur. Il n’y a pas de miracle : Google sait ce que vous cherchez, Google peut vous mettre en face de la meilleure pub !

    2) D’autre part, le métier d’un journaliste, c’est l’information, pas la pub ! Depuis quand la pub devrait être un « partie » omniprésente dans le financement des journalistes?? Alors bien sur que les journaux s’en sont sortie, à une époque, avec cette pirouette ! Et vu les budgets publicitaires conséquents, ils se sont vite goinfrés !! Mais ils se sont complètement planté, c’était l’information qu’il fallait monnayer pleinement, mis en valeur, et accessible! Avant, ils s’était mis en tête d’être le plus grand vecteur publicitaire, ce qu’il n’ont pas vu venir et pas compris, c’est qu’il pouvait y avoir meilleurs vecteur, plus gros, plus rapide..

    3) Maintenant, faire un journal gratuit, c’est toujours possible. Il faut bien choisir ses régies, et bien optimiser son affichage! Mais ça ne sert à rien d’incriminer Google dans ce que rapporte un site : ils sont les mieux placer pour plaires aux annonceurs ! C’est bien facile de monter une régie « française », et se dire qu’on passera tous par là, mais que va choisir une entreprise,celle qui va lui mettre le plus grand nombre de client en face de ses annonce, au meilleurs moment? Ou une obscure régie locale qui se veut plus équitable mais totalement out coté profilage? Même si des annonceurs passeront pas la seconde solution, le marché ne sera pas extensible !! A moins qu’il se décide à occuper des poste OTT qui ne sont pas leur vocation !!

    C’est pas Google qui a tuer les journaliste, c’est leur paresse intellectuelle, leur volonté de ne pas comprendre le marché, et les quelques conseils non avisé tiré des blog comme le votre qui se plantent totalement dans les raisons de cette débandade.

    Une seule solution : produisez de l’article de qualité et arrêter de compter sur la pub…

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